Sortir le gouvernement du système monétaire-Getting Government Out of the Monetary System

L’or a été, pendant des millénaires, l’objet de choix comme unité de compte et comme moyen d’échange. Facile à reconnaître, à transporter et à transformer en pièces de monnaie, homogène et durable; voilà quelques-unes des qualités qui ont avantagé le métal jaune (et, à une moindre mesure, l’argent) comme monnaie.

Malheureusement, comme toute chose qui fonctionne bien seule (ou presque), l’État doit y étendre ses tentacules. Depuis la Renaissance, il s’est arrogé de plus en plus le contrôle du système monétaire et l’a complètement corrompu. Les transformations progressives nous ont donné notre système monétaire moderne : des monnaies fiduciaires flottant les unes par rapport aux autres, une inflation galopante en temps de paix, un système de réserves bancaires fractionnaires qui est, ni plus ni moins, que de la fraude légalisée et, bien sûr, des libertés individuelles encore plus restreintes. Murray Rothbard, célèbre économiste de l’École autrichienne, a dénoncé ce système il y a près de 50 ans dans un essai qui a été publié sous forme de livre en 1974 sous le titre The Case for a 100 percent Gold Dollar[1]. J’ai eu le privilège de lire et de traduire ce livre sous le titre Plaidoyer pour un dollar pleinement garanti par l’or.

Le cÅ“ur de sujet de ce livre – le contrôle gouvernemental du système monétaire est un gâchis pour l’économie – est on ne peut plus d’actualité. En effet, la crise actuelle est facilement attribuable à l’intervention du gouvernement dans le système monétaire, notamment le « fort encouragement » qu’il a envoyé aux banques pour prêter à n’importe qui[2], la mise en pool des prêts consentis par ces « encouragements[3] », le maintient de taux d’intérêts artificiellement au travers de la Fed (banque centrales des États-Unis), le Community Reinvestment Act, renforcé sous Bill Clinton[4], etc. N’eût été de ces interventions, la crise actuelle – prédite par les économistes autrichiens depuis déjà 2003[5] – n’aurait probablement pas eu lieu.

 La destruction lente et progressive du système monétaire

Dans son excellent essai, Rothbard retrace les grandes étapes de la monopolisation monétaire de l’État. Ça a commencé par le monopole de la frappe, sous prétexte que les frappeurs de monnaie privés pourraient frauder leurs clients en mettant moins d’or qu’ils ne le devraient dans les pièces. Chacun sait que l’État est *évidemment* incapable de faire ça … De plus, si l’on utilise de « raisonnement », il faudrait abolir tous les contrats parce que quelques escrocs en rédigent des frauduleux ou ne les respectent tout simplement pas.

Le monopole de la frappe par l’État a créé, n’en déplaise aux opposants à la frappe privée, ce qu’on appelle la loi de Gresham : les bonnes pièces de monnaie sont amassées tandis que les moins bonnes (usées ou avec un défaut de fabrication) demeurent en circulation. Cette loi s’applique quand une pièce de monnaie a une valeur immuable; peu importe si elle pèse maintenant 25 grammes, si la pièce dit qu’elle vaut 30 grammes d’or, alors elle vaut 30 grammes d’or. C’est comme si un kilogramme équivalait soudainement à 750 grammes.

Ce monopole de frappe, et l’immuabilité de la monnaie, a engendré le second problème : l’insistance sur le nom de la monnaie et non sur sa masse. Pour ceux qui l’ignoraient, toutes les monnaies nationales étaient, à prime abord, des unités de masses, au même type que le mètre est une unité de mesure ou la seconde est une unité de temps. La livre sterling en est sans doute le meilleur exemple, puisque l’unité de base de la monnaie anglaise était justement ça : une livre de monnaie d’argent. Le dollar des États-Unis, lui, était 1/20 d’once d’or (1,56 gramme). D’ailleurs, jusqu’au milieu du XIXe siècle, des pièces de monnaies étrangères (en or ou en argent) circulaient sans aucun problème aux États-Unis. Malheureusement, afin de renforcer l’État central, Washington et les autres capitales occidentales ont interdit les monnaies étrangères dans leur pays pour favoriser la monnaie nationale, ce qui accordait encore plus d’importance au nom et non à la masse.

L’étape finale de la perdition du système monétaire fut l’invention des banques centrales. Créées pour supposément stabiliser le système financier, elles n’ont fait que le contraire, comme en fait foi la Grande Dépression, causée par une décennie de taux d’intérêts trop bas. Elles ont également encouragé cette fraude légalisée nommée réserves fractionnaires.

Jadis, les banques devaient avoir en tout temps assez d’espèce pour rembourser en tout temps quiconque voudrait en avoir (appelé réserves intégrales). Elles n’avaient pas le choix; si, pour une raison quelconque, elles ne pouvaient remplir leurs obligations contractuelles, la banque faisait faillite parce que les gens paniquaient et avaient peur de ne pas avoir leur propriété (les espèces). Mais à cause de l’intervention des gouvernements et des banques centrales, cette crainte est disparue. Le gouvernement garantissait aux banques qu’il ne les laisserait pas faillir – ce qu’il a fait, et à cout de billions de dollars. Et n’oublions pas qu’en ayant le monopole de l’émission de la monnaie, l’État peut – et l’a fait constamment dans le passé – imprimer  autant d’argent qu’il le souhaite. Il peut ainsi s’avantager, de même que les lobbys assez puissants, au détriment de la population et de façon nettement plus subtile qu’avec une hausse d’impôts ou de taxes. Cet sur-émission de billets a été le dernier clou dans le cercueil de l’étalon-or.

 Un retour à un système monétaire honnête

Après avoir montré ce qui a détruit le système monétaire, Rothbard se propose de le reconstruire. Sa proposition est audacieuse : il veut non seulement que nous retournions à l’étalon-or, mais il veut que tous les billets de banques et les comptes bancaires – puisqu’ils sont pareils d’un point de vue monétaire : une promesse de remboursement en espèce en tout temps – soient garantis par l’or. Que ça se fasse par une déflation de la masse monétaire actuelle ou par une augmentation exponentielle du prix de l’or pour refléter la masse monétaire actuelle[6], ou par un mélange des deux, il faudra que l’opération se fasse un jour ou l’autre. L’argent des autres finira par manquer, dixit Margaret Thatcher.

Néanmoins, même si l’on venait qu’à prendre ce chemin du salut, l’économie se s’en porterait pas nécessairement mal. En effet, une suggestion de Rothbard, lors de la première publication de son essai, est maintenant largement utilisée par les banques : les certificats de dépôt (CD). Ces obligations, de même que les fonds mutuels du marché monétaire, sont d’excellents outils d’épargne qui ne créent aucune inflation. Pour une période variable de temps – le client a le dernier mot, comme pour tout ce qui est  sur le libre-marché –, une personne achète ladite obligation, qui devient en fait une nouvelle promesse de remboursement en espèce, plus intérêt. L’argent est ainsi prêté à un particulier ou à une entreprise, qui doit le retourner à échéance. Ainsi, contrairement aux prêts bancaires actuel, aucun nouvel argent n’est créé puisque la banque ne prête dans de fonds sans avoir les espèces (or ou argent) nécessaires. D’ailleurs, selon la proposition de Rothbard, tous les métaux précieux seraient remis entre les mains des particuliers et des banques, facilitant ainsi l’émission de ces obligations. De plus, ce seraient les banques qui auraient la responsabilité d’émettre des billets de banque ou des dépôts, selon ce que les clients veulent.

Éventuellement, cette décentralisation monétaire ferait que tous les noms de monnaie (dollar, yen, euro, peu importe) deviendraient obsolètes et seraient remplacés par grammes d’or. Ainsi, adieu taux de changes et bonjour monnaie internationale stable et libre d’intervention des gouvernements. La libéralisation serait complétée en privatisant, une fois de plus, la frappe de monnaie.

Ce programme, je le concède, peu paraître radical. Mais si les libertariens « lâchent leur bout » et cèdent trop de terrain afin de plaire au plus de monde possible, alors il n’y a que le statu quo possible. Un tel monde se reflète bien dans le Québec d’aujourd’hui, et c’est exactement ce que le livre de Rothbard veut combattre.

 


[5]    Un document, traduit par moi-même, racontant les succès des prédictions autrichiennes au cours du dernier siècle, dont celles sur la bulle immobilière, sera disponible lors de la conférence de Cambridge House, au kiosque de l’Institut Ludwig Von Mises à l’hôtel Hilton Bonaventure les 18 et 19 novembre.

[6]    Cela suppose que le dollar des États-Unis est 35 $ l’once, tel que décrété par les accords de Bretton Woods. Mais rien n’empêche de trouver une nouvelle définition pour la masse du dollar.

_____________________________________________________

Getting Government Out of the Monetary System

For millennia gold has been the commodity of choice as a unit of count and as a medium of exchange. Easy to recognize, to transport and to coin, homogenous and durable; these are only a few of the reasons why the market selected gold (and, to a lesser extent, silver) as a standard currency.

Unfortunately as is always the case with things that work, the government had to get involved. Since the Renaissance, the state began to monopolize the monetary system and increasingly debase the value of currency. Progressive transformations have given us our modern monetary system: one with fiat paper currencies fluctuating with respect to others, high inflation in times of peace, and a fraudulent fractional-reserve banking system. Murray Rothbard denounced this system some 50 years ago in an essay that would be publish in 1974 under the title The Case for a 100 percent Gold Dollar.

The heart of the subject – that government control over the monetary system results in economic disaster – is absolutely pertinent today. Indeed, our present crisis is easily ascribable to government interventions in the monetary system: attempts to give banks “strong incentives” to loan to virtually anyone, the maintenance of artificially low interest rates by the Fed, and the Community Reinvestment Act reinforced under Clinton. Had it not been for these interventions, the actual crisis – predicted by Austrians economists as early as 2003– would have probably not happened.

The Slow and Progressive Death of the Monetary System

In The Case for a 100 percent Gold Dollar, Rothbard shows the major steps that lead to the state monopoly over money. It started with a monopoly over coining, because “private minters could fraud clients and put less gold than they should in the coins.” Of course, this could never happen with government-run minting. Using this “reasoning”, we should abolish all contracts because a few people choose to break them.

It is the state’s intervention in the monetary system that makes apparent Gresham’s law: good coins are hoarded and bad ones are left circulating. This is a result of coins having legal face value. It doesn’t matter if a coin weighs 25 grams; if its face value says it’s worth 30 grams of gold people must accept it as though it were true. Thus people have an incentive to hold on to coins of greater mass, despite being equal in legal value, leaving only the less valuable coins in circulation.

The monopoly over minting, and the fixed legal value of coins gives rise to the second problem: the focus on the currency’s name rather than its weight. For those who didn’t know, the English Pound was once that: a pound of silver money. The US dollar, was 1/20 ounce of gold (1.56 grams). An interesting side note: until the middle of the 19th century, foreign gold and silver coins were circulating without any problem in the US. Unfortunately, in order to strengthen the central government, Washington gradually forbade the use of such coins in order to favour the national currency, giving yet more importance to the name rather than to the mass.

The final step in the demise of the monetary system was the creation of central banks. They were created to stabilize the financial system, yet they did the exact opposite. They have also sustained and encouraged the process of legalized fraud called fractional-reserve banking. Banks used to have to hold enough reserves in order to meet the withdraw demands of any and all of their clients at any given time. This was called 100% reserve banking. If for some reason they could not meet their contract obligations there would be a run on the bank, and a subsequent busting of the bank. Since the appearance of central banks, the fear of bank runs has been greatly diminished, to the benefit of banks. Banks have now become “too big to fail” and as a result have received billions of dollars in bailouts at taxpayer expense. Lastly, the state has awarded to itself a monopoly of note printing. It can now literally print as much money as it wants. It can also give favoured groups preferential treatment and hide the costs through inflation.

Returning to an Honest Monetary System

After reviewing the destruction of the monetary system, Rothbard proposes how to build it back up. His suggestion is very bold. He not only wants to go back to the gold standard, but he also supports 100 percent reserve banking. That is, banks only issue notes or deposits in proportion to the gold they store in their vaults. This would be done by a deflation of the monetary supply, a sharp increase in the price of gold that would match the monetary supply, or a mix of both.

Nevertheless, should we walk this road to salvation, the economy would not necessarily crash. Indeed, one of Rothbard’s suggestions made around the time of this essay’s publication has now been widely taken up by banks: certificates of deposits (CD). These debentures, combined with money market mutual funds are excellent savings tools that create no inflation. For a variable period of time someone buys the debenture in exchange for a promise to pay. The debenture then becomes a loan for a person or business and must be reimbursed on time with interest. Thus no money is created since the bank doesn’t loan cash without having the necessary reserves. In order to guarantee 100% gold banking and facilitate the issuing of promissory notes (which could only be issued by banks), Rothbard proposes that the state forfeit all of its gold holdings back to private owners.

Eventually this monetary decentralization would result in the total abandonment of national currency names (dollar, pound, euro, yen, whatever). Instead it would be replaced by grams of gold: goodbye exchange rates, hello international, stable money free from government intervention. This deregulation would be completed by returning to privatized minting.

This program might look a little “extreme”. But if libertarians let go of our ideas and instead yield to solutions offered by others then the status quo will remain. Such a world is exactly what is happening in Quebec, and this is exactly what Rothbard’s book is opposed to.

A translated version of the book (to French) will be sold at the Mises Institute booth at the Cambridge House Investment Conference November, 18th and 19th at the Bonaventure Hilton Hotel in Montreal. The book will also be available during the Mises Meeting on the 19th, and a brief presentation on it will be given by me in French. For more information, visit http://www.mises.ca/events/.

Notes

[4]A document showing the successful predictions of Austrians in the past century, including the housing bubble, will be available at the Mises Institute booth during the Cambridge House Investment Conference at the Bonaventure Hilton Hotel in Montreal November, 18 and 19.

[5]Doing this supposes that the US dollar is still 35$/oz, as stated in the Bretton Woods agreements. But nothing should prevent the market from establishing a new dollar/gold price ratio.

 

Tags: , , ,

4 Responses to “Sortir le gouvernement du système monétaire-Getting Government Out of the Monetary System”

  1. rodolfo marcelo kohn says:

    I believe in that system , although I see some problems.Like the quantity of gold produced in the world would not suffice to cover the needs of the ever increasing world population, then what?also silver coins?Platinum ones…?

    • Hi rodolfo

      The entire world could run on any amount of gold.

      During the classical gold standard, gold reserves increased about 3%/year.

      Because of this, there was a gentle price deflation – and a very stable monetary system.

      The purchasing power of the USD and GBP actually increased over that time, as opposed to the radical decrease we have seen in the current 100 year experiment with global central banking.

Leave a Reply

You must be logged in to post a comment.